Exposition à venir

Quand Christophe Pradal décrit son œuvre graphique comme figurative, il peut surprendre. Lui qui fut justement un peintre de l’hyper-figuration à sa sortie de l’Académie de Port-Royal, identifie certes une révolution dans sa production en 2004 qui l’amène vers les arts graphiques, mais n’y voit pas pour autant un glissement vers l’abstraction. Il ne se conçoit pas comme un artiste abstrait (« l’abstraction achevée, c’est une idée, plus de l’art »), ni conceptuel (« c’est comme la danse, quand on se met à réfléchir, c’est foutu »), ni contemporain (il se dit plus volontiers moderne). Plutôt que de gloser sur ses œuvres, il préfère évoquer les souvenirs vivaces de leur création. Or il crée dans l’inconfort. Fuyant la paraphrase et les réflexes conditionnés, il fait régulièrement table rase pour réinventer son écriture. Nouveaux supports, nouveaux outils. S’il approfondit quelque chose avec le temps, c’est moins une technique précise (« elles s’apprennent vite ») qu’une gymnastique spirituelle : le lâcher prise. Dans un tel état de recherche, il produit beaucoup, vite, trie, élimine : en résulte accessoirement une « série ». Les supports parfois les moins nobles (fonds de cagettes, papier journal) sont l’objet d’expérimentations sur leur interaction avec divers outils (pastel, encre, acrylique), leur perméabilité, leur degré d’absorption. C’est sur le mode de l’accident que surgit alors l’équilibre de l’œuvre, qui prend indifféremment le nom de mystère, instant, émotion, surprise. Cette part inconvocable, impossible à circonscrire dans une technique balisée : le mariage miraculeux et inattendu, en couleurs et en lignes, d’un support et d’un outil. La beauté de l’œuvre de Christophe Pradal est paradoxale. Sentiment mêlé d’une simplicité extrême et d’une structuration savante invisible. Alliage étonnant de la légèreté aérienne d’un Calder et d’une matérialité épaisse, opaque (il cite volontiers Eugène Leroy et Bonnard, peintres de la matière et de l’enfouissement). Graphisme et peinture. Car les deux dimensions du graphisme s’adossent à une matière qui les cimente, les absorbe, et ouvre au spectateur une profondeur troubalnte, des espaces. Et quand il nous invite lui-même à nous y projeter, à y déployer une possible troisième dimension, à laisser libre cours à notre imagination, on comprend : son œuvre est figurative.

Paul Calori